Une faille dans la protection réseau de Monero

Monero, la cryptomonnaie réputée pour son anonymat, fait face à une nouvelle faille de sécurité permettant de révéler l'adresse IP des nœuds à l'origine des transactions. Une équipe de chercheurs a publié un article sur arXiv (référence 2607.07062) démontrant que l'intégration du réseau Tor dans l'infrastructure de Monero introduit une vulnérabilité fondamentale de désanonymisation.

Leurs travaux, intitulés « Deanonymizing Monero Transactions in Tor Network », ont été menés par Ruisheng Shi, Shihan Zhang, Yulian Ge, Lina Lan, Qingfeng Zhang et Qin Wang.

Le cœur du problème : le routage via Tor

Monero déploie le protocole Dandelion++ pour obscurcir l'origine des transactions au niveau réseau. Ce mécanisme fonctionne en deux phases : une phase « tige » (stem) où la transaction transite par une chaîne aléatoire de nœuds, puis une phase « duvet » (fluff) où elle est diffusée à l'ensemble du réseau. L'objectif est d'empêcher un observateur de corréler une adresse IP avec une transaction.

Cependant, les chercheurs ont découvert que lorsqu'un nœud Monero utilise Tor, ses transactions d'origine sont exclusivement transférées vers deux nœuds de service caché Tor sortants (nœuds proxy) avant leur propagation sur le clearnet. Cette structure prévisible permet à un attaquant de capturer les transactions d'origine en occupant les connexions sortantes du nœud ciblé.

ProxyMark : un framework de désanonymisation en trois étapes

Les chercheurs ont conçu ProxyMark, un cadre d'attaque en trois étapes :

  1. Identification du rôle des nœuds : déterminer quels nœuds agissent comme proxies sortants Tor.
  2. Identification des transactions d'origine : repérer les transactions qui proviennent directement du nœud cible.
  3. Désanonymisation de la localisation du nœud : corréler les données collectées pour identifier l'adresse IP réelle.

Les expériences ont été menées sur le réseau Tor en production, le mainnet Monero et le testnet, démontrant l'efficacité pratique de ProxyMark pour désanonymiser les transactions émanant de nœuds Monero via Tor.

Un problème connu de la communauté

Cette vulnérabilité s'inscrit dans un contexte plus large de surveillance du réseau Monero. Le site monero.fail, qui recense les nœuds Monero publics, met en garde ses utilisateurs :

« Il y a eu un afflux de nœuds malveillants hébergés par des sociétés d'analyse de chaîne et des agences gouvernementales qui espionnent les utilisateurs de Monero. »

Le site précise également que les sauvegardes telles que Dandelion++ destinées à atténuer ce problème ne sont pas infaillibles.

Les sociétés d'analyse blockchain comme Chainalysis ont exploité une vulnérabilité similaire en exploitant des « super-nœuds » — des nœuds se connectant à un grand nombre de pairs — pour enregistrer quelle adresse IP diffuse chaque transaction en premier. Bien que les détails des transactions restent cachés sur la blockchain, corréler une adresse IP avec un horodatage de transaction peut s'avérer dévastateur pour la vie privée.

Recommandations de protection

Face à ces menaces, plusieurs mesures sont recommandées :

  • Exécuter Tor et I2P en proxy aux côtés de son propre nœud Monero avec l'option --tx-proxy activée.
  • Toujours utiliser son propre nœud pour toute dépense de portefeuille.
  • Utiliser un portefeuille avec contrôle de pièces (coin control) comme Feather Wallet pour exclure les sorties potentiellement contaminées.
  • Consolider les sorties contaminées en les envoyant plusieurs fois à soi-même pour réduire la probabilité de traçage.

Une commande typique pour exécuter un nœud sécurisé ressemble à :

monerod \
  --tx-proxy tor,127.0.0.1:9050,disable_noise \
  --tx-proxy i2p,127.0.0.1:4444,disable_noise \
  --enable-dns-blocklist \
  --ban-list ~/ban_list.txt

Une attaque qui s'ajoute aux Eclipse Attacks

Cette découverte s'ajoute à une autre publication présentée au symposium NDSS 2025, intitulée « Eclipse Attacks on Monero's Peer-to-Peer Network », qui démontre qu'un attaquant peut isoler un nœud Monero du reste du réseau pour manipuler sa vue de la blockchain. Ensemble, ces deux vecteurs d'attaque illustrent que la couche réseau reste le maillon faible de l'anonymat de Monero, malgré ses solides garanties cryptographiques on-chain (signatures de cercle, adresses furtives, RingCT).

Les utilisateurs soucieux de leur vie privée doivent donc adopter une approche de défense en profondeur, combinant Tor, I2P, un nœud personnel et une vigilance constante face aux tentatives de contamination de leur portefeuille.